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 Les Dardenne, cinéaste à deux têtes

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François
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Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 17/10/2006

MessageSujet: Les Dardenne, cinéaste à deux têtes   Mar 15 Juil - 12:19

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2008/07/14/freres-et-s-urs-1-15-les-dardenne-cineaste-a-deux-tetes_1073178_3476.html

Les Dardenne, cinéaste à deux têtes

Ils appartiennent à deux clubs très fermés : celui des cinéastes plusieurs fois "palmés" à Cannes - en 1999 pour Rosetta, en 2005 pour L'Enfant - et celui des frères cosignant leurs films, comme les Taviani, les Coen, les Larrieu. L'aîné, Jean-Pierre, est né en 1951. Luc est de 1954. Ils parlent de concert. Quand l'un s'exprime, l'autre surenchérit, sans bémol. Pas un propos de l'un qui ne soit estampillé par l'autre.

Leur fief, c'est la Belgique. En particulier Seraing, la ville de leur enfance, une banlieue de Liège sur les bords de la Meuse, ancien haut lieu de la sidérurgie, site de cheminées exhalant des panaches de fumée. Marqués par cet air vicié et attentifs à ne pas succomber à la fascination esthétique des hauts-fourneaux, ils y ont tourné la plupart de leurs films. L'impact fantastique de ce décor à ciels gris et murs de brique reste obsédant chez eux.

Cette région industrielle qui fut le cadre de grandes luttes ouvrières et le foyer du mouvement syndicaliste belge a décidé de la philosophie des deux frères. Ils rêvent de films qui soient "une poignée de main". Résistant au sein d'un réseau communiste, dessinateur industriel et militant chrétien, Lucien, le père Dardenne, a toujours été très actif sur le plan social. C'est lui qui leur a transmis cette exigence morale et cet engagement qui sous-tendent leurs scénarios. "Quand un miséreux passait dans notre rue, faisait la manche, il l'invitait à venir prendre un bol de soupe chez nous." Retraité, il est devenu conseiller municipal et a fondé une association pour venir en aide aux démunis, aux réfugiés, aux femmes battues.

Trois ans séparent donc Jean-Pierre et Luc. Entre eux deux s'est intercalée une soeur, Marie-Claire. La petite dernière, Bernadette, est née après Luc, qui a toujours été proche d'elle, garçon manqué, joueuse de football, prompte à le rejoindre à la cave, où il s'adonnait à sa passion de la mécanique. Elle est aujourd'hui infirmière à Paris. En dépit des inévitables disputes ou jalousies, les frères ont toujours été inséparables. Et rarement en désaccord. "Luc est plus accueillant que moi. Il était toujours prêt à accepter de nouveaux gars dans notre bande. Je suis plus méfiant. Même si je sais qu'il a eu parfois raison", dit Jean-Pierre. Elèves dans la même école, avec les mêmes amis, ils ont dû accepter une séparation lorsque l'aîné a eu l'âge du lycée : "Quelque chose se rompait." "On s'est retrouvés après, dit Luc, mais l'écart s'était creusé. Moi j'aimais être avec les garçons de son âge, lesquels préféraient être entre eux. Il y avait les filles. On me disait : "Va jouer"..."

Un enseignant leur donne à tous deux le goût de la littérature et du cinéma. Puis leurs parcours divergent plus ou moins. A la fin de ses études secondaires, en 1969, Jean-Pierre se pique de théâtre. Il veut être comédien. Il rencontre le dramaturge Armand Gatti, devient son assistant. De son côté, Luc commence des études littéraires, puis finit par rejoindre son frère, émerveillé à son tour par Gatti : "Il nous a ouvert les yeux sur l'art, la politique, la vie, sur les rapports que ces choses entretiennent entre elles."

Quand Gatti quitte la Belgique, Luc repart faire des études de philosophie à Louvain et entreprend un cursus en sociologie politique, tout en restant vidéaste. C'est à ce moment-là que Jean-Pierre et Luc tournent ensemble des vidéos d'intervention dans les cités ouvrières de Wallonie, signent des documentaires militants, déterminés à faire oeuvre de mémoire du mouvement ouvrier : "On filmait des individus qui avaient fait des choix pour une société plus juste. Des individus ayant lutté contre le fascisme, la division du travail, l'autoritarisme syndical et la collaboration avec le patronat." Jean-Pierre est à la caméra, Luc au son. Plus tard, Luc tiendra la plume, mais les scénarios sont écrits à deux mains.

En 1981, les frères réalisent à Liège trois documentaires sur les radios libres, les émigrants polonais et l'oeuvre de Jean Louvet, un promoteur du théâtre social. Quand ils passent à la fiction, en 1986, c'est pour raconter l'histoire de frères, des juifs, à Berlin, en 1938, dans Falsch. Puis, au fil de réflexions sur la banalité du mal, sur la rédemption, mais aussi sur l'héritage, sur la culpabilité, ils montrent combien leur tient à coeur le problème de la responsabilité du père dans l'éducation du fils, au prix d'une remise en question de la toute-puissance paternelle. Dans La Promesse, un fils s'oppose à son père, qui exploite des travailleurs clandestins ; dans Le Fils, un homme recueille le jeune assassin de son fils et l'adopte. L'Enfant est l'histoire d'un jeune père qui vend son nouveau-né.

Récurrente à l'écran, cette relation difficile entre père et fils suggère un vécu qui reste dans le non-dit. Rien ne filtre de ce qui pourrait avoir soudé les deux hommes contre une figure autoritaire. Sinon la sévérité avec laquelle leur père vérifiait, dans sa revue catholique de chevet, les cotes morales des films qu'ils désiraient voir : le Robin des bois avec Errol Flynn resta pendant un temps un fantasme. Ils ne l'avaient pas vu car il était déconseillé aux enfants ! Un documentaire de Jean-Pierre Limosin, à paraître en septembre, Le Home Cinéma des frères Dardenne, les montre le dernier jour d'un tournage. Après la mise en boîte du dernier plan du film Le Silence de Lorna, qui sort le 27 août, on voit Jean-Pierre s'éloigner sur un pont, pour aller fumer une cigarette. Et, image magnifique, Luc qui lui emboîte le pas. Aimanté, relié par un fil invisible, comme au temps où il s'improvisait jumeau.

"Je ne pourrais pas faire de film sans lui et il ne pourrait pas en faire sans moi. Dépendance réciproque qui ne provoque pas de ressentiment", dit Luc, qui parle d'eux comme d'un "cinéaste bicéphale". Comment s'opère cette osmose qui leur donne tant d'ouverture aux autres ? "Jean-Pierre et Luc ne forment pas une fratrie fusionnelle, témoigne leur producteur, Denis Freyd, que l'on appelle parfois le "troisième frère". Ils se subliment mutuellement, confrontent leurs points de vue, et, à l'arrivée, ce 1 + 1 égale plus que 2. Leurs films, ce n'est pas le dénominateur commun de leur pensée. C'est l'aboutissement d'une dialectique constructive, le fruit d'un dialogue qui augmente leur énergie, leur intelligence." Leur monteuse, Marie-Hélène Dozo - la troisième soeur ? -, joue l'arbitre : "En cas de discussions, on est toujours deux contre un, ça permet de trancher !"

L'un vit à Bruxelles, l'autre à Liège. Ils partagent une passion commune pour Robert Bresson, l'équipe de foot du Standard, la gastronomie italienne et les faits divers. La Bible, la symbolique chrétienne les a marqués autant l'un que l'autre. Comme l'affection de leur mère chanteuse, le souvenir vivace des escapades pour aider leur père dans son travail de géomètre. Ou encore l'enfance partagée avec une soeur acharnée à éviter les fâcheries (Marie-Claire) et l'autre plus révoltée (Bernadette).

"Le jour où nous ferons un film à deux voix sur notre enfance, nous comprendrons peut-être mieux ce qui nous tient ensemble", écrit Luc dans son Journal (Au dos de nos images, Seuil 2005). "J'aimerais que ce film commence par un écran noir qui s'allume, découvrant une chambre avec des lits jumeaux dans lesquels sont couchés deux garçonnets en pyjama." Les gamins se disputant avec l'interrupteur, l'un cherchant à éteindre et l'autre à rallumer "jusqu'à 24 fois en une seconde", et le père criant : "Eteignez ! Silence !" Le film s'appellerait Pater noster...


Jean-Luc Douin
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