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 Mort d'Ingmar Bergman

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Matthieu

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MessageSujet: Mort d'Ingmar Bergman   Lun 30 Juil - 13:04

Citation :
Le cinéaste suédois Ingmar Bergman est mort à l’âge de 89 ans dans sa maison sur l’île suédoise de Faarö (Gotland). Il a plus de quarante films à son actif. Des films avec une vision souvent tragique de la nature humaine.
Le plus : sa filmographie, le portfolio.

C’est sa sœur, Evan Bergman, qui a annoncé le décès du cinéaste à l’agence de presse suédoise, ce lundi matin. Sa mort est survenue « calmement et doucement », selon Evan Bergman citée par TT, qui ne précise pas les causes exactes du décès, ni la date de sa mort.

Le metteur en scène a réalisé au fil de sa longue carrière plus de quarante films où, avec une vision souvent tragique, il a sondé la complexité des rapports entre hommes et femmes. Né à Uppsala (nord de Stockholm) le 14 juillet 1918, fils de pasteur, Bergman a été très marqué par son éducation religieuse, sévère et austère.



Il a fait ses études à l’université de Stockholm et appris la mise en scène au théâtre en montant avec une troupe étudiante des pièces de Strindberg et Shakespeare.

À partir de 1944, il a mené de front une double carrière théâtrale et cinématographique. Il a monté une cinquantaine de pièces et écrit une dizaine de scénarios.

D’abord assistant réalisateur, Ingmar Bergman a sorti son premier film, « Crise », en 1945. Celui qui a souvent été acclamé comme un maître du cinéma suédois a tourné plus de quarante films parmi lesquels « Les fraises sauvages » (1957), « Cris et chuchotements » (1972), « Scènes de la vie conjugale » (1974) et « Sonate d’automne » (1978).

Parti s’installer en Allemagne en 1976 en raison de démêlés avec le fisc suédois, il a réalise « L’œuf du serpent », un film sur la montée du nazisme.

De retour en Suède, il a tourné en 1982 « Fanny et Alexandre », une somptueuse œuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars.

En 2003, il a repris place derrière la caméra et réalisé « Saraband » pour la télévision suédoise, diffusé ensuite dans les salles.

Depuis la disparition de sa dernière femme Ingrid en 1995, Ingmar Bergman résidait seul une grande partie de l’année sur l’île de Faarö (Gotland), en mer Baltique, qui servit de décor à plusieurs de ses films.

Commandeur de la Légion d’Honneur, membre de l’Académie des lettres de Suède, dramaturge réputé, Bergman a révélé les dessous de sa vie privée et professionnelle dans ses livres, « Laterna Magica » (1987), « Images »(1993) et « Enfants du dimanche » (1994), adapté au cinéma par son fils, Daniel.

Marié cinq fois, Ingmar Bergman a eu neuf enfants.
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piet

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MessageSujet: Re: Mort d'Ingmar Bergman   Mar 14 Aoû - 1:37

petit article paru dans le New York Times signé Woody A. Un bel hommage au suédois volant.

http://www.nytimes.com/2007/08/12/movies/12alle.html?_r=1&oref=slogin
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Matthieu

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MessageSujet: Re: Mort d'Ingmar Bergman   Mer 15 Aoû - 15:49

Afin de faire profiter tout le monde de ce très beau texte, je me suis fendu d'une modeste traduction sur mon blog, et je vous la livre ici aussi.


Citation :
C’est à Oviedo, une charmante petite ville dans la nord de l’Espagne où je tourne un film, que j’ai appris que Bergman était mort. Le message d’un ami commun me fut transmis sur le plateau. Bergman m’avait dit une fois ne pas vouloir mourir un jour de soleil et, n’ayant pas été là, je ne peux qu’espérer qu’il a eu droit au temps gris et calme qui convient si bien aux cinéastes.

Je l’ai déjà dit aux gens qui fantasment sur les artistes et tiennent la création comme un acte sacré : au bout du compte, votre art ne peux pas vous sauver. Peu importe si vous touchez au sublime (et Bergman nous a livré toute une liste d’incroyables chef-d’œuvres), cela ne vous empêche pas d’entendre frapper à la porte, de la même façon que le chevalier et son ami sont interrompus à la fin du « Septième Sceau ». Et donc, un jour d’été de juillet, Bergman, le grand poète cinématographique de la mortalité, n’a plus pu repousser son propre et inévitable échec et mat, et le plus grand cinéaste de ma vie a disparu.

Pour rire, j’ai dit que l’art est le catholicisme des intellectuels, c’est-à-dire, la pieuse croyance en une vie après la mort. On pourrait aussi le dire comme ça : plutôt que de survivre dans le cœur et l’esprit du public, autant vivre dans leur appartement. Et de ce point de vue, il est certain que les films de Bergman vivront et seront vus et revus dans les musées, à la télé, et vendus en DVD. Mais, le connaissant, je suis sûr qu’il aurait plus que volontiers échangé chacun de ses films contre une année de vie supplémentaire. Cela lui aurait offert une soixantaine d’années de plus, pour continuer à tourner des films ; sans aucun doute une remarquable déferlante créative. Et je ne doute pas que c’est ainsi qu’il les aurait passées, à faire ce qu’il aimait plus que tout.

Bergman appréciait le processus. Il se souciait peu de l’accueil réservé à ses films. Il aimait être apprécié, mais comme il me l’avait dit un jour, « s’ils n’aiment pas un film que j’ai fait, cela me contrarie… environ trente secondes ». Il n’était pas intéressé par le box office, même quand les producteurs et les distributeurs l’appelaient avec les chiffres de la première séance, cela rentrait par une oreille et sortait par l’autre. Il disait : « Après une demi-semaine, leurs pronostics enthousiastes seront réduits à néant ». Il aimait l’appréciation des critiques, mais pas une seconde n’en avait besoin et, tout en désirant que le public aime ses films, il ne lui facilitait pas toujours la tâche.

Et pourtant, ceux de ces films qui nécessitent un peu de réflexion en valent bien la peine. Par exemple, quand vous comprenez que les deux femmes du « Silence » ne sont que deux facettes d’une même personne, le film s’ouvre à vous et, d’énigmatique, devient fascinant. Si vous révisez un peu votre philosophie danoise avant de voir « Le Septième Sceau » ou « Le Magicien », cela vous aidera très certainement, mais son talent de conteur était tel qu’il pouvait captiver le spectateur avec le plus difficile des sujets. J’ai entendu des gens dire, à l’issue de la projection de certains de ses films, « Je n’ai pas vraiment compris ce que j’ai vu, mais j’étais cloué à mon siège de la première à la dernière image ».

Bergman s’était voué à la « théatralité », et il fut aussi une grand metteur en scène, mais ses films ne découlait pas uniquement de sa pratique du théâtre, ils puisaient dans la peinture, la musique, la littérature et la philosophie. Sa caméra sondait les soucis de l’humanité, donnant de la profondeur à ses poèmes sur celluloïd. La mortalité, l’amour, l’art, le silence de dieu, la difficulté des relations humaines, l’agonie de la religion, l’échec du mariage, l’impossibilité des gens à communiquer entre eux.

Et pourtant, c’était un homme chaleureux, amusant, blagueur, jamais certain de son immense talent, captivé par la gent féminine. Le rencontrer, ce n’était pas entrer dans le temple d’un grand génie intimidant, sombre et retiré du monde qui aurait délivré des pensées obscures, d’un fort accent suédois, sur le terrible destin de l’homme dans un univers vide de sens. Non, ça se passait plutôt comme ça : « Woody, j’ai fait ce rêve ridicule où j’arrive sur le plateau et je ne sais pas où mettre la caméra ; mais en même temps je sais que je suis plutôt doué pour ça, que ça fait des années que je le fait. Tu as déjà fait des rêves nerveux comme ça ? » ou « Tu crois que ça serait intéressant, de faire un film où la caméra ne bouge jamais d’un centimètre, et où seuls les acteurs entrent et sortent du champ ? Ou bien tout le monde va se moquer de moi ? »

Que peut-on répondre par téléphone à un génie ? Je ne pensais pas que ça soit une très bonne idée, mais entre ses mains, qui sait, ça aurait pu finir par devenir intéressant ? Après tout, le langage qu’il avait inventé pour explorer les méandres de l’esprit de ses acteurs aurait aussi été considéré absurde par ceux qui ont appris à faire du cinéma de façon orthodoxe. A l’école de cinéma (j’ai été éjecté de l’Université de New York assez vite lorsque je suivais leur cours sur le sujet dans les années cinquante) on vous apprend à utiliser le mouvement. Le cinéma ce sont des images qui bougent et donc la caméra doit bouger. Et les professeurs ont raisons. Mais Bergman calait la caméra sur le visage de Liv Ullman, ou sur celui de Bibi Anderson, et l’y laissait. Elle ne bougeait pas, et le temps passait, encore et encore, jusqu’à ce qu’une chose étrange et merveilleuse, propre à son talent, se produise. Nous étions aspirés dans le personnage, et l’ennui faisait place à l’excitation.

Bergman, aussi excentrique et obsédé par la religion et la philosophie qu’il le fut, savait tout transformer en histoire et ne pouvait pas s’empêcher de se distraire, même quand son esprit ressassait avec effroi les idées de Nietzsche ou Kierkegaard. J’avais souvent de longues conversations téléphoniques avec lui. Il les organisait depuis l’île où il vivait. Je n’ai jamais accepté son invitation à la visiter parce que je n’aime guère les voyages en avion, et je ne me réjouissais pas trop à l’idée de partir à bord d’un coucou vers un rocher près de la Russie pour partager un repas qui ne pouvait être qu’à base de yoghourt. Nous parlions toujours de cinéma, et bien sûr je le laissais souvent mener la conversation car je me sentais privilégié de pouvoir écouter ses réflexions et ses idées. Il se projetait des films chaque jour, de tous les genres, muets et parlants, il n’en avait jamais marre. Avant de s’endormir, il regardait en vidéo un film qui ne le ferait pas trop réfléchir, qui calmerait ses angoisses - comme un James Bond.

Comme tous les grands stylistes du cinéma, comme Fellini, Antonioni et Bunuel, par exemple, Bergman a été critiqué. Mais à quelques exceptions près, les films de ces artistes ont fait vibrer des millions de gens à travers le monde. Et de fait, ceux qui connaissent le mieux le cinéma, c’est-à-dire ceux qui le font – réalisateurs, scénaristes, acteurs, chefs opérateurs, monteurs… - vénèrent le travail de Bergman, peut-être plus que tout autre.

Parce que j’ai si souvent chanté ses louanges depuis des dizaines d’années, de nombreux journaux et magazines m’ont demandé un commentaire ou une interview lorsqu’il est mort. Comme si je pouvais ajouter quoi que ce soit de valable à la sinistre nouvelle, hormis exalter une fois encore sa grandeur. On me demande qu’elle fut son influence sur moi. Je réponds qu’il n’aurait pas pu m’influencer car c’était un génie, ce que je ne suis pas, et que le génie ne peux s’apprendre, ni sa magie se transmettre.

Quand Bergman commençait à se faire un nom dans les centres culturels new-yorkais, en tant que grand cinéaste, j’étais un jeune auteur de comédie, et un humoriste pour nightclub. Le travail de quelqu’un peut-il être influencé à la fois par Groucho Marx et Ingmar Bergman ? Mais j’ai pourtant réussi à assimiler quelque chose de lui, quelque chose qui ne dépend pas du génie ni même du talent, mais quelque chose que l’on peut apprendre et développer. Je parle en gros de ce qu’on appelle souvent « l’éthique du travail », et qui n’est en fait que pure discipline.

J’ai pris exemple sur lui, en essayant de fournir le meilleur de moi-même à un moment donné, sans jamais me laisser influencer par des idioties telles que les notions de « hit » ou de « flop », sans jouer le rôle glamour du réalisateur, mais en tournant un film après l’autre, sans me retourner. Au cours de sa vie, Bergman a livré une soixantaine de films, moi trente-huit jusqu’ici. Si je n’arrive pas à égaler sa qualité, peut-être pourrais-je au moins égaler sa quantité.

Woody Allen (traduction Matthieu Reynaert)
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